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Impacts des variations de niveaux d'eau sur les marinas et les clubs nautiques
du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent
par
Nancy A. Connelly, Krista M. Guerrero et Tommy L. Brown
Introduction
Les membres de l'Étude internationale sur le lac Ontario et le fleuve Saint-Laurent travaillent à l'élaboration de recommandations concernant de nouveaux critères pour la gestion des débits sortants du lac Ontario dans le Saint-Laurent. Ils sollicitent la participation d'un vaste éventail d'intervenants, notamment les exploitants de marinas et de clubs nautiques. Pour recueillir des données et évaluer les retombées économiques des fluctuations de niveaux d'eau sur les marinas et les clubs nautiques, l'Unité de recherche sur les dimensions humaines de l'Université Cornell a mené une étude de toutes les marinas et de tous les clubs nautiques en activité le long de la partie new-yorkaise du littoral du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent à l'été 2002. Comme un rapport antérieur (Connelly et al., 2002) décrit les résultats de l'inventaire, la présente fiche d'information met plutôt l'accent sur l'incidence des niveaux d'eau tant élevés que faibles sur les activités des marinas et des clubs nautiques.
Méthodes
Nous avons tenté de recenser toutes les marinas et tous les clubs nautiques en activité pendant l'été 2002 et de questionner leurs propriétaires ou gestionnaires quant aux impacts des fluctuations de niveaux d'eau. Comme liste de base, nous avons utilisé l'inventaire de 1997 réalisé par le programme de recherche océanographique de New York (New York Sea Grant) et mis à jour par la suite par l'U.S. Army Corps of Engineers. Nous y avons ajouté les activités observées par le personnel de terrain. Toutes les marinas et tous les clubs nautiques dont les critères suivants s'appliquent font partie de l'inventaire :
- L'exploitant doit détenir au moins dix rampes à louer, que ce soit pour la saison ou pour une nuit.
- Le public doit avoir accès à ces rampes (par exemple, il ne doit pas s'agir d'un quai commun partagé par des résidents voisins).
Le personnel de terrain a effectué des entrevues auprès des exploitants de marinas et de clubs nautiques entre mai et août 2002. Lors des entrevues, nous avons demandé aux exploitants quelles étaient les incidences des niveaux élevés et faibles sur leurs activités. Les marinas touchées devaient décrire le type d'impact, les mesures prises pour atténuer l'impact, le coût de ces mesures et, le cas échéant, les pertes de revenus.
Résultats
Nous avons recensé 168 marinas et clubs nautiques en activité le long du littoral du lac Ontario et du Saint-Laurent pendant la saison de navigation 2002. Nous avons effectué des entrevues dans 159 des 168 marinas et clubs nautiques (95 % du total). Trois exploitants de marinas ont refusé d'accorder des entrevues, et six n'étaient pas disponibles pour répondre aux questions.
Caractéristiques des marinas et des clubs nautiques
Nous avons trouvé 112 marinas le long du lac Ontario, 54 le long du Saint-Laurent et deux dont les bateaux naviguaient surtout sur le lac, à l'embouchure de la rivière Niagara. Parmi les marinas sondées, 107 étaient ouvertes pendant la saison, alors que 52 l'étaient à longueur d'année. La période d'activité la plus courante des marinas saisonnières est du 1er avril au 15 octobre. La durée moyenne de possession était de 17 ans.
Les marinas et les clubs nautiques sondés possédaient ensemble 10 648 rampes ou corps-morts de saison et 1 366 rampes pour bateaux visiteurs. Les marinas du lac Ontario avaient au total 7 257 rampes ou corps-morts de saison et 665 rampes pour bateaux visiteurs, tandis que celles du Saint-Laurent offraient ensemble 3 165 rampes ou corps-morts de saison et 691 rampes pour bateaux visiteurs. Les marinas à l'embouchure de la rivière Niagara avaient 226 rampes ou corps-morts de saison et 10 rampes à louer aux bateaux visiteurs. Les tailles moyennes des marinas du lac Ontario, du Saint-Laurent et de la rivière Niagara étaient respectivement de 76, de 73 et de 118 postes de mouillage. La taille moyenne de toutes les marinas de notre étude était de 76 postes de mouillage. La moitié des marinas possédaient moins de 60 postes de mouillage; nous les avons classées dans la catégorie des petites marinas. Celles ayant 60 postes de mouillage ou plus entrent dans la catégorie des grandes marinas.
Impacts des niveaux d'eau élevés
Les exploitants de 31 des 159 (20 %) marinas et clubs nautiques sondés ont signalé avoir eu des problèmes avec les niveaux d'eau élevés soit au printemps 2002, soit en avril 1998, période où les niveaux d'eau étaient à leur plus haut en cinq ans. Le pourcentage d'exploitants ayant rapporté des problèmes était légèrement plus élevé sur le lac Ontario (22 %) que sur le fleuve Saint-Laurent (16 %). Entre les deux événements de niveaux d'eau élevés, celui de 1998 a affecté plus d'exploitants (18 %) que celui de 2002 (11 %).
Les impacts résultant des niveaux d'eau élevés les plus courants sont les dommages aux quais (71 %), suivis par les dommages à la propriété (29 %) et d'autres incidences diverses telles que l'absence de poissons, la fermeture d'écluses et l'insuffisance du dégagement sous les ponts (16 %). La majorité des marinas touchées (65 %) ont indiqué qu'elles ont pris des mesures pour atténuer les problèmes. Les deux mesures les plus souvent prises étaient la réparation des quais et le renforcement du périmètre. Les exploitants de marinas ont dépensé au total 26 000 $ en 2002 pour appliquer ces mesures. En 1998, alors que les niveaux d'eau étaient plus élevés, ils avaient dépensé 129 600 $ (en dollars indexés de 2002). Cette estimation est peut-être un peu prudente puisque les exploitants n'ont signalé que les mesures les plus récentes. Or, les exploitants qui ont rapporté avoir pris des mesures en 2002 peuvent aussi avoir pris des mesures en 1998 qui n'ont pas été incluses dans notre estimation.
Des quelques marinas touchées par les niveaux d'eau élevés en 2002, la moitié a indiqué avoir perdu des revenus. Ces marinas ont estimé à environ 162 000 $ les pertes totales subies en 2002. (Ce ne sont pas tous les exploitants qui ont pu estimer le montant des pertes. Cette estimation est donc une extrapolation des données obtenues auprès des exploitants qui ont fourni une estimation sur le nombre total d'exploitants qui ont subi des pertes de revenus.)
Impacts des faibles niveaux d'eau
La plupart des marinas (82 %) ont signalé des problèmes causés par de faibles niveaux d'eau : à l'automne 2001 lorsque les niveaux étaient au-dessous de la moyenne ou à l'automne 1999 lorsque les niveaux étaient à leur plus bas en cinq ans. Le nombre d'exploitants touchés étaient légèrement plus élevé sur le lac Ontario (84 %) que sur le fleuve Saint-Laurent (77 %). En outre, 85 % des grandes marinas (60 postes de mouillage ou plus) ont été affectées comparativement à 78 % des petites marinas. Les faibles niveaux d'eau de 1999 ont eu des incidences sur presque toutes les marinas qui ont rapporté des problèmes (96 %). Ceux de 2001 ont touché légèrement moins d'exploitants (92 %). Le pourcentage d'exploitants touchés était plus élevé sur le lac Ontario en 1999, tandis qu'il était plus élevé sur le Saint-Laurent en 2001.
Les marinas ont décrit divers impacts néfastes résultant des faibles niveaux d'eau, le principal étant la perte de rampes à la mi-saison (tableau 1). Des bateaux devaient être déplacés, et ce, parfois dans les espaces réservés aux bateaux visiteurs. Dans certaines situations, des bateaux devaient être déplacés dans d'autres marinas, ce qui causait aussi des pertes de revenus. Certaines marinas ont perdu des revenus à cause des pertes sur la vente de services (essence, nourriture et hébergement). Les petites marinas (moins de 60 postes de mouillage) étaient plus susceptibles de perdre des rampes à la mi-saison ou de ne jamais voir leurs clients arriver; les grandes marinas étaient, quant à elles, plus susceptibles de ne pas être en mesure d'utiliser certains matériels en raison des faibles niveaux d'eau (figure 1).
| Tableau 1. Types d'impacts causés par de faibles niveaux d'eau subis par les marinas et les clubs nautiques. |
| Type d'impact |
Pourcentage d'exploitants ayant subi l'impacta |
| Déplacement de bateaux ou perte de rampes à la mi-saison |
76,0 |
| Équipement inutilisable |
36,8 |
| Baisse de la clientèle |
30,4 |
| Pertes de revenus (bateaux déplacés vers d'autres marinas) |
23,2 |
| Pertes sur la vente de services (p. ex., essence, nourriture) |
22,4 |
| Clients insatisfaits |
12,0 |
| Autres impacts |
7,2 |
aLa somme des pourcentages est supérieur à 100 %, car les exploitants pouvaient indiquer plus d'un type d'impact.
| Figure 1. Principaux impacts sur les marinas et les clubs nautiques causés par de faibles niveaux d'eau selon la taille de l'exploitation. |
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Plus de la moitié (54 %) des exploitants touchés ont pris des mesures pour atténuer les problèmes causés par les faibles niveaux d'eau. Les grandes marinas (60 postes de mouillage ou plus) étaient plus susceptibles d'avoir pris des mesures en 2001 : 59 % d'entre elles ont en effet pris des mesures en 2001. Par contre, la plupart des petites marinas ont pris des mesures en 1999 (68 %), ce qui leur a peut-être permis d'éviter d'avoir à en prendre en 2001. Plus de la moitié des marinas qui ont pris des mesures ont réalisé des travaux de dragage (tableau 2). Environ le tiers ont réparé ou construit des quais pour s'adapter aux faibles niveaux d'eau. Quelques-unes ont enlevé des algues, modifié leurs installations de mise à l'eau ou essayé de retirer les roches qui constituaient des obstacles. Les grandes marinas ont surtout entrepris des travaux de dragage (63 %), tandis que les petites marinas étaient plus susceptibles d'avoir réparé ou construit des quais (53 %). En 2001, les exploitants de marinas ont dépensé un total de 538 500 $ (en dollars indexés de 2002) pour appliquer ces mesures. Ils ont dépensé un peu plus en 1999 (683 000 $ [en dollars indexés de 2002]), les niveaux d'eau ayant été plus faibles cette année-là. Cette estimation est peut-être un peu prudente puisque les exploitants n'ont signalé que les mesures les plus récentes. Or, les exploitants qui ont rapporté avoir pris des mesures en 2002 peuvent aussi avoir pris des mesures en 1998 qui n'ont pas été incluses dans notre estimation.
| Tableau 2. Type de mesure prise par les marinas et les clubs nautiques pour atténuer les problèmes causés par les faibles niveaux d'eau. |
| Mesure |
Pourcentage d'exploitants qui ont pris la mesurea |
| Dragage |
55,2 |
| Réparation ou construction de quais |
31,3 |
| Altération du littoral ou du fond |
9,0 |
| Modification de l'équipement (surtout les instal. de mise à l'eau) |
9,0 |
| Communication avec les autorités |
4,5 |
aLa somme des pourcentages est supérieur à 100 %, car les exploitants pouvaient indiquer plus d'un type d'impact.
La plupart des marinas (78 %) touchées par les faibles niveaux d'eau de 2001 ont signalé des pertes de revenus dus à ces conditions. Il était un peu plus probable que les marinas du lac Ontario (80 %) et les plus petites marinas (83 %) indiquent des pertes de revenus en 2001. La perte moyenne de revenus par marina touchée était de 15 000 $. La perte totale estimée de revenus s'élevait à environ 1 396 000 $ (en dollars indexés de 2002) en 2001. (Ce ne sont pas tous les exploitants qui ont pu estimer le montant des pertes. Cette estimation est donc une extrapolation des données obtenues auprès des exploitants qui ont fourni une estimation sur le nombre total d'exploitants qui ont subi des pertes de revenus.)
Conclusions et conséquences
D'après les niveaux d'eau des cinq dernières années, les marinas et les clubs nautiques du réseau du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent sont clairement plus touchés par les faibles niveaux que par les niveaux élevés. En effet, quand les niveaux d'eau étaient faibles, un plus grand nombre d'exploitants étaient touchés, un plus grand nombre d'entre eux ont pris des mesures et/ou ont subi des pertes de revenus, et les pertes financières étaient plus importantes. Ces renseignements n'apportent rien de nouveau aux exploitants de marinas et de clubs nautiques, mais ils serviront à documenter le nombre d'exploitants touchés et les pertes financières. Les données recueillies grâce aux entrevues menées dans les marinas et les clubs nautiques seront utilisées dans des modèles élaborés pour l'Étude et visant à prédire l'impact économique des fluctuations des niveaux d'eau sur les marinas et les clubs nautiques. Une enquête auprès des plaisanciers, également menée par l'Unité de recherche sur les dimensions humaines pour l'Étude, mettra davantage en lumière les impacts des changements de niveaux d'eau sur les plaisanciers et sur les divers exploitants (par exemple les marinas) qu'ils fréquentent.
Source
New York State inventory of Great Lakes' marinas and yacht clubs - 2002. HDRU Publ. No. 02-4. Department of Natural Resources, N.Y.S. College of Agriculture and Life Sciences, Cornell Univ., Ithaca, N.Y. 30pp.
Remerciements
L'Étude internationale sur le lac Ontario et le fleuve Saint-Laurent a parrainé l'inventaire des exploitants de marinas et de clubs nautiques. L'inventaire a été administré par le Buffalo District Office de l'U.S. Army Corps of Engineers. Jon Brown était la personne-ressource au sein de l'Army Corps. Les fonds ont été gérés par l'entremise de l'USGS Cooperative Agreement #143-HQ-97-RU-01553.
Nous tenons à remercier nos enquêteuses de terrain dévouées, Meg Faville et Karlene Smith, ainsi qu'un stagiaire de l'U.S. Army Corps of Engineers, Doug Gorecki, qui nous a aidés pendant presque tout l'été. De plus, nous aimerions remercier les exploitants de marinas et de clubs nautiques qui ont pris le temps de nous parler malgré la saison occupée.
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